Jeudi 8 janvier 2009
4
08
/01
/2009
07:34
Il est connu pour les titres poétiques et romantiques de ses romans : le vieux qui
lisait des romans d’amour, ou encore le journal d’un tueur sentimental… Luis Sepulveda, écrivain chilien né en 1949, constitue une figure assez importante et originale de la littérature Sud
américaine depuis quelques années. Pour notre plus grand bonheur, il nous revient en ce début 2009 avec " La lampe d’Aladino et autres histoires contre l’oubli ", recueil de
nouvelles retraçant différentes tranches de vie sous forme de mini récits.
Le principe reste éternel : à ces différentes mises en scène s’ ajoutent anecdotes, expériences de vie mais aussi rencontres avec la mort…Si séduisants lorsque contés par cet auteur au
style onirique et imagé, les personnages qui jalonnent ces 130 pages ne peuvent que nous toucher. Attachants, souvent singuliers, parfois intrigants, du vieux marin à l’article de la mort
au poète amoureux, on trouvera obligatoirement quelqu’un à qui s’identifier. Et l’on se voit parfois comme dans un miroir à travers ce que chacun d’entre eux vit et ressent.
La signification du titre nous guide ainsi vers la compréhension de l’oeuvre dans son ensemble : on voit bien qu’il existe un désir profond et sincère, pour tous ces protagonistes mais
aussi pour l’auteur, de lutter contre l’oubli : chaque histoire est un souvenir : souvenir de l’amour, de la vie, de la jeunesse ou d’une personne disparue. Aussi, des personnages
presque morts, parfois même des fantômes, parsèment chaque lieu de leur message tels des ombres, et errent tour à tour, entre les murs des maisons et dans les âmes des vivants.
Contre l’oubli du passé, celui qui trouve sa source dans le temps qui s’en va, on ne peut rien.
Mais il existe une autre sorte d’oubli dans cet ouvrage, peut être encore plus cruel car sa nostalgie prend aux tripes comme la douleur naît lorsque l’on perd un être cher. En effet, le thème de
l’exil est aussi très fort, et relié de toute évidence à la présence de la mer, au fait de partir. Le lecteur comprendra donc que l’oubli trouve aussi sa source dans l’espace, dans la
mémoire de la patrie que l’on a quitté pour aller ailleurs...
Et Aladino, c’est l’exilé par excellence qui vient sur les terres de Patagonie pour faire du commerce et qui rassemble tous les autres étrangers pour leur conter ses récits d’un autre
monde. Là réside le fil de toutes ces histoires, ce fil si présent dans l’esprit latino américain. D’ailleurs, il est brillamment rendu hommage à ce continent et à son identité. L’auteur
nous berce en effet des mélodies du tango, cette musique de la nostalgie, et de la mélancolie, si appropriée au thème de l’ouvrage.
Aussi, plusieurs références sont faites à la littérature argentine et chilienne : à Roberto Arlt, à Jorge Luis Borges, à Julio Cortázar et enfin au
légendaire Pablo Neruda, avec ses inoubliables "vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée ". Il en ressort un aspect léger et grave à la fois. Assez court, ce recueil se lit en
très peu de temps, mais nous renvoie pourtant à des parcelles de notre propre vie, à des états d’âme communs à tous, ce qui rend tous ces tableaux très humains et très authentiques. Alors, même
si le but essentiel de cet ouvrage est de lutter contre l’oubli… on ne saurait que vous conseiller de vous oublier le temps de ce livre, pour vivre des aventures uniques et rêver à l’autre bout
du monde…
Derniers Commentaires