Samedi 28 janvier 2012
6
28
/01
/Jan
/2012
08:16

Ihwa est une petite fille qui découvre la vie, au fil des saisons d’une Corée campagnarde et
traditionnelle. Les fleurs rythment les aléas de son cœur tandis que la pluie délave ses incertitudes de jeunesse. Sa mère, jeune veuve qui redécouvre l’amour, va la guider dans ce chemin
tortueux qu’est l’adolescence.
On constate l’omniprésence de la pluie et des fleurs au fil du récit. C’est à travers les
fleurs que les personnages expriment leur désir de revoir l’être aimé. Il arrive aussi que les fleurs deviennent la métaphore de celui-ci. Par exemple, la fleur blanche de calebasse qui s’épanouit tous les soirs à la tombée de la nuit symbolise
l’attente de la veuve Namwon. Ou encore le lis doré devient le symbole du petit moine tandis que ce dernier assimile Ihwa à une rose trémière dans le
secret de son cœur.
Par ailleurs la pluie qui s’apparente à l’eau fait figure de principe de vie. A chaque saison
de pluie, la petite Ihwa mûrit un peu plus dans sa tête et dans son corps. C’est aussi par une nuit pluvieuse que la jeune veuve qui se consumait de solitude trouve enfin le bonheur dans les bras
de l’écrivain. Au contact de sa chaleur, elle retrouve goût à la vie et la pluie remplit alors son rôle d’élément régénérateur. La petite Ihwa qui devine la scène derrière la porte ne peut que se
sentir solidaire de sa mère.
Dans Histoire couleur terre, un lien très profond et charnel unit la mère et la fille. Les
scènes où elles prennent un bain ensemble ou partagent la même chambre pour dormir laissent deviner leur grande complicité. Les deux personnages peuvent s’identifier l’une à l’autre dans un jeu
de miroir teinté d’une homosexualité latente. Il est donc tout naturel qu’Ihwa devienne la principale alliée de sa mère.
Histoire Couleur Terre constitue une belle leçon de manhwa (*). Les paysages sont superbement
interprétés par des traits d’une finesse et d’une délicatesse exceptionnelles. Le traitement de l’espace pleinement maîtrisé évoque parfois des tableaux à l’encre de chine. La qualité du scénario
constitue un autre point fort de l’œuvre. Les aventures quotidiennes des personnages et des tensions psychologiques qui en découlent sont racontées avec beaucoup de cohérence sous forme d’une
chronique intimiste. La surprise de Chung-Myoung qui découvre son pantalon souillé au petit matin est décrite avec beaucoup de réalisme, tout comme
la panique d’Ihwa lors de ses premières règles.
Il existe des scènes très poignantes qui se passent de mots, comme celle où le petit moine
s’amuse à poser sa chaussure sur celle de son amie. Ou encore le sourire en coin d’Ihwa qui est à la fois gênée et toute fière d’être devenue une vraie femme. Enfin, les savoureux dialogues
pleins d’allusions et de bon sens populaire donnent un aperçu de la qualité de l’écriture.
Mais cette œuvre est avant tout un vibrant hommage aux femmes coréennes d’autrefois qui
enduraient avec patience le poids de la société et des traditions. Il se peut que l’auteur ait tenu à le rappeler à ses lecteurs masculins. Kim Dong-Hwa est célèbre pour la facilité avec laquelle
il arrive à se renouveler. A l’époque où il travaillait essentiellement sur du sunjung(**), il n’hésitait pas à changer fréquemment de style pour le plus grand plaisir de ses jeunes lectrices. Il
lui arrivait même de surprendre tout le monde en proposant des titres destinés aux jeunes garçons. Et aujourd’hui, il nous propose un titre qui délivre des messages susceptibles de réchauffer le
cœur rude des hommes.
Histoire couleur terre évoque un poème lyrique chargé de pluie et de fleurs. C’est un manhwa
lumineux dont le parfum enivrant et la beauté fulgurante incitent à prendre tout son temps pour l’apprécier pleinement. En conclusion, Histoire Couleur Terre est une œuvre rare qui peut être
considérée comme la somme de tous les talents de l’auteur.
(*) L’équivalent coréen du manga japonais.
(**)N.D.T : L’équivalent coréen du shojo japonais, exclusivement destiné aux jeunes
lectrices.
Derniers Commentaires