Livre : Urban Vodou - Pablo Butcher - Belin

Publié le par Clara KEUNT

Livre : Urban Vodou - Pablo Butcher - Belin

Inspirées à la fois par la tradition vaudou et les aléas politiques du pays, les peintures murales d’Haïti sont un espace de libre expression qui écrit l’histoire du pays et la conscience d’un peuple : il suffit de songer à l’exubérante et carnavalesque célébration de la liberté qui éclata sur les murs de Port au Prince quand " Baby Doc" Duvalier, dictateur héréditaire, fut poussé à l’exil en 1986. Des générations qui s’étaient détournées des urnes, découvraient soudain dans le dialogue » mural » affiché par cette expression picturale, une évolution et une incarnation spectaculaires de leur vision de la liberté politique …

Le succès populaire des peintures murales repose sur un fait simple : les masses peuvent lire les images et les relier aux messages, verbaux pour la plupart, qui trouvent leur origine dans une culture partagée entre la religion vaudou-catholique et un héritage révolutionnaire commun. " Papa Doc" Duvalier, gouvernant de son régime de la nuit, avait exploité les terreurs négatives du vaudou ; à son tour, Aristide, à son arrivée au pouvoir, saisie les références culturelles et se servit d’analogies positives dans ses sermons et discours. Les idées syncrétiques furent tout si naturellement réfléchies par les muralistes. Par exemple, le Kok kalite fait appel à la reconnaissance intime du peuple habitué aux combats de coqs du samedi après-midi et aux valeurs symboliques du poulet rouge sacrifié dans le culte vaudou.

Pister les peintures murales en Haïti n’était pas seulement un test d’endurance pour le photographe Pablo Butcher, c’était aussi une course contre la montre. Les images qui surgissent de nulle part disparaissent presque aussi soudainement, victimes de la rénovation, des balles traçantes de la censure, des intérêts privés, d’accidents, ou simplement du délavage provoqué par les pluies des orages tropicaux.

Ce livre, tout en rendant hommage à un art de la rue d’une richesse exceptionnelle, constitue désormais un témoignage tout à fait extraordinaire de la mémoire d’un peuple puisque les œuvres ont a jamais disparu dans le séisme de janvier 2010.

Publié dans Beaux livres-Arts

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