Prix Médicis 2014 (3/3)

Publié le par AFP/Françoise BACHELET

Prix Médicis 2014 (3/3)

Antoine Volodine, peintre de la noirceur du monde, était radieux mardi en recevant le prix Médicis 2014 pour "Terminus radieux" (Le Seuil), fresque post-apocalyptique, sauvage et noire, qui prend place dans une Sibérie dévastée par les explosions nucléaires où les hommes, devenus des mutants, ne savent plus s’ils sont morts ou vivants.

Antoine Volodine a été choisi pour ce roman de quelque 600 pages par huit voix au 1er tour, contre une à Laurent Mauvignier pour " Autour du monde" . Peu après la proclamation de son prix, salué par un tonnerre d’applaudissements, Antoine Volodine s’est dit "très heureux"."Il est très important pour moi. C’est l’aboutissement de 30 ans d’écriture, une sorte de couronnement", a déclaré l’écrivain à l’AFP.

"Par le passé, le Médicis a raté maintes fois l’occasion de récompenser Antoine Volodine", a reconnu Anne Garréta, présidente du jury depuis deux ans. "Cela a pris du temps, mais nous couronnons aujourd’hui une oeuvre et un grand écrivain."

"Nous récompensons un livre extrêmement abouti du point de vue de la langue et de l’invention, une histoire sombre et post-apocalyptique qui tient en haleine sur 600 pages, marque d’un très grand écrivain", a ajouté la présidente du jury.

Antoine Volodine, principal pseudonyme du romancier né en 1950, qui signe également sous les noms de Elli Kronauer, Manuela Draeger ou Luitz Bassmann, avait reçu le prix du Livre Inter en 2000 pour son roman " Des anges mineurs".

Prix Médicis 2014 (3/3)

L’Australienne Lily Brett, 67 ans, a quant à elle obtenu le Médicis étranger pour "Lola Bensky"(Grande Ourse), un roman très autobiographique sur une fille de rescapés de la Shoah qui a aussi partagé l’ascension des stars du rock des années 1960 et 1970 en Angleterre et aux Etats-Unis.

La lauréate du Médicis étranger voit consacrer son premier roman traduit en français. "L’écriture de ce livre m’a pris beaucoup de temps parce que cela a été difficile d’affronter cette période de ma vie", a-t-elle déclaré.

"Je suis à la fois abasourdie, enthousiaste et fière de recevoir le Médicis. Mon premier souvenir de Paris remonte à 1948, lorsqu’avec mes parents, tous deux survivants de la Shoah, nous avons été emmenés à l’hôtel Lutetia, avant de partir pour l’Australie. Nous démarrions ici une nouvelle vie. Paris restera pour moi à jamais le symbole de la liberté retrouvée", a dit avec émotion la sexagénaire au visage lumineux.

Le livre raconte l’histoire captivante d’une jeune journaliste de rock, Lola, un peu naïve. Quand elle n’interviewe pas Mick Jagger ou Jimi Hendrix, elle pense au prochain régime qu’elle va suivre. Sur une note beaucoup plus grave, "Lola Bensky" parle aussi du destin d’une femme, fille de rescapés de la Shoah, qui se bat contre ses fantômes avec humour, tendresse et générosité.

L’héroïne est nourrie des souvenirs de Lily Brett. Pour écrire ce livre, elle s’est plongée dans les photos de ses années rock. Vers 30 ans, la romancière avait commencé à lire des témoignages sur la Shoah. C’est alors qu’elle a cessé d’écrire sur le rock.

Le Médicis de l’essai est allé à Frédéric Pajak pour "Manifeste incertain 3" (Noir sur Blanc), 3e volume d’une série commencée en 2012. On y retrouve les destins croisés pendant la Seconde guerre mondiale de l’écrivain philosophe allemand Walter Benjamin et du poète américain Erza Pound, exilé en Italie.

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