Le journaliste et écrivain Jacques Chancel est mort

Publié le par AFP/Françoise BACHELET

Le journaliste et écrivain Jacques Chancel est mort

Jacques Chancel ou l'art de la conversation sur les ondes: l'animateur, qui est décédé dans la nuit de lundi à mardi, fut un passeur de culture à la radio et la télévision avec ses émissions légendaires "Radioscopie" et "Le Grand Echiquier".

Au mot "interview", il préférait celui de "conversation" ou de "rencontre", un choix qui l'a guidé pendant sa longue carrière dans le paysage audiovisuel français.

"Si j'ai un talent, un seul talent, c'est de savoir écouter, je sais écouter", disait-il. "Les gens ne s'écoutent plus, ils n'écoutent qu'eux-mêmes".

Né le 2 juillet 1928 à Ayzac-Ost (Hautes-Pyrénées), d'un père menuisier - fabricant d'escaliers - et compagnon du devoir, et d'une mère issue d'un milieu aisé, Jacques Chancel (de son vrai nom Joseph André Crampes) quitte le sud de la France encore adolescent pour devenir élève de l'école militaire de transmissions de Montargis.

Il se porte ensuite volontaire pour la guerre d'Indochine. Victime d'un accident où il est blessé aux yeux, il manque de perdre la vue. Il devient ensuite reporter pour la radio France-Asie dans la région puis correspondant pour Paris-Match, pendant trois ans.

Il évoquait peu son accident mais reconnaissait que l'Indochine avait été "une expérience déterminante". "J'ai été plongé très jeune dans la démence, dans un monde où les saints et les salauds cohabitaient si bien qu'il était nécessaire d'installer la dérision et d'acquérir ensuite une certaine forme de sérénité", déclarait-il.

De retour en France en 1956, il devient chroniqueur télé et radio à Télémagazine puis à Paris-Journal devenu Paris-Jour.

Il se lance ensuite dans la radio et la télévision, où il va occuper plusieurs postes hiérarchiques et surtout créer des émissions devenues cultes.

- "Et Dieu dans tout ça ?" -

Sur France Inter, il donne naissance à Radioscopie, une émission quotidienne qu'il animera pendant 17 ans. Son principe: une heure de conversation en direct qui ne soit à aucune moment interrompue par de la musique.

De 1968 à 1982 puis de 1988 à 1990, il reçoit des milliers d'invités, célèbres ou inconnus. Les écrivains Albert Cohen, Maurice Genevoix, Henry de Montherlant, les peintres Chagall, Salvador Dali, le cinéaste Abel Gance, sont quelques-uns de ceux qui sont venus "converser" avec Jacques Chancel.

Un de ses plus grands regrets est de ne pas avoir reçu Picasso, un rendez-vous ayant dû être annulé.

Ses entretiens, il les conduit sans agressivité, en s'interdisant de s'immiscer dans la vie privée de ses interlocuteurs. Mais il parvient à les amener tout doucement sur le terrain des "grandes questions", telles que la vie, la mort ou l'amour.

La question qu'il posa le 8 février 1978 au secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais, "Et Dieu dans tout ça ?" devait devenir culte.

Il est parfois brocardé pour son ton de voix particulier, à la limite de l'emphase, son enthousiasme (ses invités étaient souvent "époustouflants" et leurs œuvres "magiques") et son extrême courtoisie.

"Par le biais de la courtoisie, tout peut être amené, tout peut être dit", se défendait celui que l'on surnommait "l'accoucheur".

Erik Orsenna, de l'Académie française, dira de lui qu'il séduisait ses invités "par un cocktail inimitable de faconde et d'écoute, de culture (profonde) et d'émerveillement (de petit enfant)".

A la télévision, il lance en 1971 "Grand Amphi" qui devient un an plus tard "Le Grand Echiquier". Dans cette émission phare, il reçoit de 1972 à 1989 sur Antenne 2, des personnalités du monde du spectacle, des peintres, des chercheurs...

Là aussi, il a pour but de faire connaître au plus grand nombre des artistes, musiciens, écrivains, en veillant à ne pas tomber dans l'élitisme.

Auteur de plusieurs ouvrages, il publiait à intervalles réguliers son journal. Cet homme discret y consignait ses coups de cœur et ses coups de griffe, mais parlait peu de sa vie privée.

Jacques Chancel était resté impliqué dans l’audiovisuel. Il avait été dans les années 2000 administrateur du groupe Canal+ et conseiller du président Bertrand Méheut.

Parmi ses violons d'Ingres figuraient la peinture, la musique, le vélo et le Tour de France. Il a été marié à deux reprises.

Publié dans L'info du jour

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