La Forêt des Livres - Dimanche 30 aout 2015

Publié le par Françoise BACHELET

La Forêt des Livres - Dimanche 30 aout 2015

Voilà vingt ans que nous recevons ici, à Chanceaux-près-Loches, une foule fraternelle dans une vallée verdoyante. Il y a deux décennies, les bois de Chanceaux se métamorphosaient en Forêt des Livres avec seulement 25 auteurs et 3000 visiteurs. C'était une réunion d'amis. Aujourd'hui vous êtes 200 écrivains et plus de 60.000 visiteurs et ce qu'il y a de merveilleux, c'est que c'est toujours une réunion d'amis ! Le succès de Chanceaux ne devait pas être seulement celui d'un village, il devait s'étendre à nos voisins et aujourd'hui 30 communes partenaires nous accompagnent. Voilà vingt ans que La Forêt des Livres crée du lien social en milieu rural et pratique la culture gratuite et ouverte à tous. Voilà maintenant dix ans qu'elle mène le combat de la lutte contre l'illettrisme pour lequel elle a reçu en 2013 le label « Grande cause nationale ». Désormais, à l'orée du XXIe siècle, la culture s'est démultipliée grâce à la communication. L'Internet joue un rôle semblable à ce qui fut celui de l'imprimerie sous la Renaissance. Aujourd'hui est apparu un nouveau pouvoir. Non pas un pouvoir qui dépouille, mais un pouvoir qui donne. Ce nouveau pouvoir, c'est celui de la culture pour tous, il s'appelle le partage du savoir.

Parce que les livres sont les enfants des arbres, parce que les pages des écrivains sont des feuilles et parce que la culture du coeur est une forêt de livres, nous sommes heureux de vous offrir à l'heure de nos vingt ans les nobles et fraternelles retrouvailles de l'écorce et de l'écriture, de ressusciter aussi des vérités oubliées sur les forêts en France. En deux mille ans dans notre pays la forêt a doublé de surface et depuis 1843 elle s'est encore accrue de 35%. Avec plus de quatorze millions d'hectares, elle couvre 26% du territoire métropolitain et elle a retrouvé avant l'an 2000 l'espace qu'elle occupait en l'an 1000, date de la fondation de notre village de Chanceaux. En France sachons aussi que jamais la production du papier ne détruit la forêt. Seuls les bois d'éclaircie, les branches et les sous-produits du sciage sont utilisés pour la fabrication du papier. Ainsi, jamais les livres et leur fabrication ne seront les causes de la déforestation. La Forêt des Livres fête depuis deux décennies les noces toujours recommencées de la nature et de la culture, des branches et des oeuvres, des racines et de l'inspiration. Nous venons de vivre vingt ans de bonheur suivant la phrase de Balzac, qui m'a inspiré l'idée de cette manifestation: « Il n'est pas un site de forêts qui n'ait sa signifiance, pas une clairière, pas un fourré qui ne présentent des analogies avec le labyrinthe des pensées humaines. Quelle personne dont l'esprit est cultivé peut se promener dans une forêt sans que la forêt lui parle ? »

En vingt ans La Forêt des Livres a-t-elle atteint tous ses objectifs ? Rendre à la Touraine le prestige de ses écrivains et lui offrir la découverte de nouveaux talents au pays de Rabelais, de Ronsard, de Balzac, de Vigny. Rendre aux lectrices et aux lecteurs l'hommage qui leur est dû, eux qui assurent en période de crise la survie du livre. Dire aux femmes tout ce que la littérature leur doit car en France, vous le savez, le lecteur est une lectrice. Rendre aux Français inquiets le bonheur par la culture dans une nouvelle Renaissance car ainsi que le dit Stendhal : « Plus on est cultivé, plus on est susceptible d'être heureux. »

Où en sommes-nous en cette année 2015, un demi-millénaire après la Renaissance, cinq cents ans après le sacre de François Ier et la victoire de Marignan, quand la Touraine fut le berceau de ce nouvel éveil ? Nous sommes dans une période où la France traverse une crise très profonde, mais peut-être à cause de cela même sommes-nous à l'orée d'une nouvelle Renaissance. En effet il faut connaître la vérité : les Renaissances ne sont jamais nées dans des périodes fastes ou faciles, mais toujours dans des périodes de crise.

Ici, nous sommes dans le pays où l'espoir reverdit. Comme l'a si bien dit Victor Hugo avec son énergie pour l'avenir et sa force qui va : « Créer c'est se souvenir. » Alors, aujourd'hui à Chanceaux, à partir de la Touraine millénaire, en avant pour la Nouvelle Renaissance !

Gonzague SAINT BRIS

Publié dans L'info du jour

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