Mort du philosophe André Glucksmann

Publié le par AFP/Françoise BACHELET

Mort du philosophe André Glucksmann

Le philosophe André Glucksmann, l'une des dernières figures de l'intellectuel engagé aux côtés des "Nouveaux philosophes", est mort dans la nuit de lundi à mardi à 78 ans, après avoir fait de la dénonciation des crimes du communisme et du totalitarisme le combat de sa vie.

Proche des "maos" français à la fin des années 1960, le philosophe avait rompu spectaculairement avec le marxisme au milieu des années 1970, dénonçant le Goulag soviétique, puis la tragédie des "boat people" fuyant le Vietnam communiste.

Un livre, l'un de ses plus connus, résume cette rupture et cet engagement. "La cuisinière et le mangeur d'hommes" (Seuil, 1975), où André Glucksmann expliquait que "le marxisme ne produit pas seulement des paradoxes scientifiques, mais aussi des camps de concentration", avait fait l'effet d'une bombe parmi une intelligentsia française encore très influencée par le marxisme.

Classé parmi les "nouveaux philosophes" aux côtés notamment de Bernard-Henri Lévy et Pascal Bruckner, il ne cesse de dénoncer avec eux l'idéologie communiste qui domine alors une grande partie du monde. "André Glucksmann a été surtout celui qui a porté le coup de boutoir définitif à l'idéologie communiste en France", se souvient Pascal Bruckner. "Il a eu à l'époque énormément d'ennemis, d'opposants, mais il a tenu bon".

De l'anticommunisme, son combat se déplacera naturellement vers l'antitotalitarisme et la défense des droits de l'Homme. En 1977, il réussit à réunir la grande figure des intellectuels de gauche Jean-Paul Sartre et le philosophe libéral Raymond Aron et les emmène à l'Elysée pour convaincre le président d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, d'intervenir pour aider les réfugiés vietnamiens.

En 2013, il a signé une tribune rappelant que le traitement des Roms en France n'était pas "républicain". La France, insistait-il, devait demeurer une terre d'accueil.

Toujours passionné, parfois traité "d'Atlantiste", il avait défendu l'intervention occidentale contre la Serbie en 1999 pour défendre la minorité kosovare. Il a également soutenu l'intervention en Libye visant à se débarrasser de Mouammar Kadhafi et à toujours soutenu la Tchétchénie contre Moscou. Après la chute du communisme et la fin de l'URSS, il a continué de dénoncer l'autoritarisme du président russe Vladimir Poutine.

Dans un de ses derniers livres, "Une Rage d'enfant" (Plon, 2006), il expliquait que la colère et la misère du monde avaient été le moteur de son action.

"Mon premier et meilleur ami n'est plus. J'ai eu la chance incroyable de connaître, rire, débattre, voyager, jouer, tout faire et ne rien faire du tout avec un homme aussi bon et aussi génial. Voilà, mon père est mort hier soir", a écrit son fils, le réalisateur Raphaël Glucksmann sur son compte Facebook."

Dans un communiqué, l’Elysée lui a rendu hommage : "André Glucksmann portait en lui tous les drames du 20ème siècle. (...) Il a toute sa vie durant mis sa formation intellectuelle au service d'un engagement public pour la liberté", souligne le président de la République."Pénétré par le tragique de l'histoire autant que par son devoir d'intellectuel, il ne se résignait pas à la fatalité des guerres et des massacres. Il était toujours en éveil et à l'écoute des souffrances des peuples.

"L'indignation, le sort des peuples, la rigueur de l'intellectuel: André Glucksmann guidait les consciences. Sa voix manquera", a affirmé le Premier ministre, Manuel Valls.

"Il a fait partie de ces philosophes courageux qui se sont engagés dans la vie de la cité, dans ce combat, et qui ont éclairé très tôt. C'est un vrai esprit critique en même temps qu'une conscience qui disparaît", a déclaré le ministre de l'Economie Emmanuel Macron.

Publié dans L'info du jour

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