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Le héros
de ce roman est un homme qui vient de commettre l’irréparable. Il a froidement assassiné son propre père, un personnage glacial, distant et hautain, qu’il n’a jamais aimé. Pire, il l’a même
détesté. Il lui a voué une haine nourrie par les rivalités, l’inimitié et l’antipathie qui se sont exacerbés au fil du temps et qui n’ont fait que confirmer les premières impressions laissées par
une enfance marquée par la distance, l‘indifférence et le mépris.
Quand bien même, comment expliquer ce geste inacceptable, inadmissible dans notre société ? Cet homme serait-il devenu fou, aurait-il perdu la raison et cédé à ses instincts les plus vils et les
plus bas ? C’est ce questionnement qui le mène, bien logiquement, vers le cabinet d’une psychanalyste qui va l’écouter raconter sa vie, et essayer de comprendre pourquoi et comment il en est venu
à réaliser ce fantasme œdipien, dans l’horreur la plus totale.
Ce héros sans nom parle aussi, à travers son témoignage, au lecteur, qui se trouve impliqué dans cette intimité. Dans cette pièce privée qui nous plonge dans une atmosphère assez lourde, le
parricide tente donc de cerner les raisons de son geste. Mais il ne cherche à aucun moment à se justifier, ni à se lamenter, essayant d’analyser son crime sans hypocrisie, calmement et de façon
très rationnelle. Il n’ éprouve aucun regret, aucun remord, cet événement dramatique et atroce s’inscrit même pour lui dans une suite logique, qui ne pouvait être changée…
Qui ne se demande pas ce qui se passe dans la tête d’un meurtrier ? Mario Sabino essaye de le comprendre. L’excellente traduction de Béatrice de
Chavagnac reflète une écriture vivante. Le ton sarcastique, décalé et ironique du héros plante à merveille le décor, et en dit déjà long sur la personnalité du tueur.
L’auteur, rédacteur en chef de la grande revue brésilienne Veja, nous offre ici un premier roman qui aborde un sujet difficile, que l’on pourrait même qualifier de tabou. En évoquant le thème des
liens entre le bien et le mal, de la religion, de la famille et du rapport de chacun à sa propre conscience, il nous livre un exposé réaliste et parfois cruel, mais aussi passionnant, des raisons
pour lesquelles une personne apparemment normale pourrait basculer dans l’horreur.
Le récit, entrecoupé par le livre que le héros n’a jamais fini d’écrire, se place donc sous l’angle de l’analyse psychologique, philosophique, mais aussi spirituelle de la condition
humaine. Ainsi, "Futur", le roman dans le roman, court récit de la vie d’un homme désabusé qui se laisse entraîner dans une entreprise diabolique et perverse, évoque les idées de sacrifice,
de rituel, mais aussi, de torture physique et manipulation mentale.
Cet aparté, qui donne l’occasion de cerner la personnalité trouble de l’assassin, ne fait que mettre en exergue ses obsessions, et son besoin de comprendre la corrélation entre les actions des
hommes et leur nature profonde. Et bien sûr, les femmes tiennent une place importante dans le récit. La mère représente le symbole du bonheur perdu. Morte alors que l’enfant avait dix ans, il la
fait revivre en lui grâce à sa passion pour la littérature et la poésie italiennes. Et sa femme, elle, constitue finalement le maillon manquant qui va le convaincre de supprimer sa victime, comme
on se débarrasserait d’un ennemi encombrant, lorsqu’il découvre qu'elle était en réalité la maîtresse de son père.
En conclusion, on peut dire que la réflexion tient une place primordiale dans ce récit, et que les ressorts psychologiques, étudiés et analysés avec tact et subtilité, permettront au lecteur de
réfléchir à la notion complexe de "passage à l’acte". L’ auteur a donc pris le risque d’évoquer un sujet délicat, interdit, pour nous donner l’occasion de nous intéresser à ce qui peut se
cacher derrière des gestes désespérés mais sans pour autant les cautionner, et encore moins les justifier. Le risque a donc été payant, en attendant un deuxième roman, qui sera, on l’espère,
aussi intelligent que celui-ci.
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