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14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire
révolutionnaire
Le contexte général
En 1789, le monde connaît depuis seize ans un cycle de haute mobilisation populaire, le plus fort enregistré dans l’histoire humaine jusqu’à ce moment-là. Les
années précédant 1789 sont marquées en France par des difficultés économiques. Le pain constitue l’aliment principal du peuple ; or, son prix monte sans cesse depuis la récolte
catastrophique de 1788. En ville, le nombre de pauvres gonfle considérablement depuis un an ; aux ouvriers sans travail et pauvres, viennent s’ajouter d’innombrables mendiants venus des
campagnes. Pour sortir d’une grave crise financière, le roi Louis XVI décide la réunion des Etats généraux (assemblée de représentants du clergé, de la noblesse et du Tiers Etat qui n’avait plus
été convoquée depuis 1614).
Dès les premières réunions préparatoires naît une dynamique politique dépassant le seul cadre fiscal : des cahiers de doléances se rédigent du Nord au Sud de
la France. Réunis pour la première fois le 5 mai 1789, les députés aux Etats Généraux vont orienter cette dynamique politique en un sens démocratique et national. Le 17 juin 1789, l’assemblée du
Tiers Etat, rejointe par une majorité du clergé et une minorité de la noblesse, se proclame Assemblée nationale. Le 20 juin, c’est le Serment de la salle du Jeu de Paume : " Nous sommes là
par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes" ; les élus jurent de ne pas se séparer avant d’avoir rédigé une constitution. Le 9 juillet 1789, l’Assemblée
nationale se transforme en "Assemblée constituante".
La mobilisation populaire se développe
On peut parler sans exagérer de mobilisation populaire en ce printemps 1789. Les plus pauvres ont longtemps continué par besoin et par habitude, à se préoccuper
d’abord d’avoir leur quignon de pain pour midi. Puis, peu à peu, ils se sont emparés du processus de rédaction des cahiers de doléance comme espérance d’une société où ils pourraient vivre
dignement. De ce jour, une Révolution sociale était inscrite dans l’ordre du possible. Dans chaque village, une dynamique de mobilisation, de revendication, d’unité populaire et de
conscientisation est en marche. Partout, se développe l’idée d’un complot des nobles pour affamer le peuple et faire avorter les Etats Généraux. La tension monte chaque semaine un peu
plus.
Le roi et la réaction aristocratique se crispent
Dans les années 1780, la volonté de la noblesse de rétablir ses prérogatives féodales (par exemple dans l’armée et sur les terres) contribue à tendre la situation
sociale. Depuis début mai, le roi a commencé à masser des troupes. A partir du 22 juin 1789, il est décidé à mater le processus démocratique et la mobilisation populaire. Il veut commencer par
écraser militairement Paris et sa région vers le 13 juillet. De nombreux régiments sont appelés des frontières et diverses garnisons pour réaliser ce coup de force. Peu à peu vont arriver sur
Paris de nouvelles unités portant les troupes assemblées à environ 30000 hommes.
Le 11 juillet, le roi estime disposer de suffisamment de forces pour prendre l’offensive. Il renvoie Necker (directeur général des finances, ministre d’Etat) ainsi
que les ministres les moins liés à la réaction nobiliaire. Cette décision est connue le soir même par les députés et le lendemain par les Parisiens. Elle est interprétée comme le premier signe
d’une répression générale du mouvement démocratique.
La manifestation du 12 juillet se transforme en émeute
Paris est en émoi. Paris a peur des mercenaires étrangers du roi en ce dimanche 12 juillet. Les patriotes essaient de mobiliser leurs partisans. Dans les jardins du
Palais Royal, l’éloquence du député, avocat et journaliste Camille Desmoulins résonne pour la première fois en public : "Il n’y a pas un moment à perdre. J’arrive de Versailles.
M. Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d’une Saint Barthélemy des patriotes. Ce soir même, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous
égorger. Il ne nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître".
Environ 5000 personnes se rassemblent pour affirmer leur désaccord avec le renvoi du populaire Necker. orsqu’ils arrivent Place Vendôme, ils se heurtent à un
détachement de dragons qui, non seulement ne parvient pas à les disperser mais est submergé par la foule.
Le régiment de cavalerie Royal Allemand, massé sur l’actuelle Place de la Concorde, charge les manifestants dont l’un (au moins) est tué. Ensuite, son chef, le
prince de Lambesc, donne l’ordre de dégager les Tuileries noires de monde. Les colonnes s’enfoncent sans mal mais se retrouvent entourées de Parisiens de plus en plus nombreux et de plus en plus
hostiles.
C’est alors que des soldats des Gardes françaises, habitant Paris et hostiles aux régiments étrangers, sortent armés de leurs casernes, marchent sur les Tuileries,
mettent en fuite un détachement du Royal Allemand.
A posteriori, on est étonné que de telles troupes massées sous les ordres du général suisse Besenval (par exemple sur la Place de
la Concorde le régiment d’infanterie Salis Samade et des cavaliers d’Esterhazy, Bercheny, Royal Dragons, Royal Cravate et Royal Allemand) ne soient pas parvenues à écraser l’émeute. Il est vrai
que l’entrée en ligne contre eux de nombreux Gardes françaises a pu les perturber et rendre les officiers prudents.
L’émeute se transforme en insurrection
Dans la nuit du 12 au 13, 40 barrières d’octroi de Paris (sur 54) sont incendiées. Cet objectif montre bien que la préoccupation majeure des Parisiens reste le prix
des grains et du pain qui n’ont jamais été aussi chers depuis le début du siècle. En effet, c’est à ces barrières qu’étaient perçues des taxes sur les produits entrant dans la ville. La
destruction des barrières va se poursuivre durant toute la journée du 13.
Les premiers manifestants du 12 juillet sont sortis des théâtres du centre ville. Les manifestants du 13 sont beaucoup plus nombreux et représentent d’après un
témoin, "une quantité de peuple mal habillé". Parmi les personnes arrêtées, la majorité sont des ouvriers (tonneliers, maçons, tisserands...).
Dans la matinée du 13, la foule pille le couvent Saint Lazare (sur 23 personnes arrêtées, 16 sont des salariés comme des "forts de
la Halle" et 7 de petits artisans comme cordonnier ou bouchonnier) puis prend la prison de la Force.
Les élus des districts se retrouvent dès six heures du matin à l’Hôtel de Ville où ils prennent trois décisions : 1) la formation d’un comité permanent, 2) la
création d’une milice bourgeoise de 48000 hommes (800 par district) et 3) dans chaque district les hommes doivent immédiatement se former en "compagnies". Cet ordre placardé partout reçoit
parfois aussitôt un accueil enthousiaste (environ 1200 présents au rassemblement du district du Petit Saint Antoine).
Plus la journée avance, plus le nombre de volontaires s’accroît, réunis district par district (par exemple à l’Oratoire, Saint Louis en l’Ile, les Feuillants, les
Enfants rouges...). Cette milice confortée de Gardes Françaises commence à patrouiller en ville, assurant pour une bonne part "l’ordre public". Mais elle manque presque totalement
d’armes.
14 juillet : prise des Invalides
Dans la nuit du 13 au 14, le "Comité permanent" siège sans discontinuer à l’Hôtel de Ville. Chaque petit déplacement de troupes est interprété comme le début de
l’offensive royale. De toutes façons, chacun comprend que le dénouement est proche. Aussi, tous les soldats des Gardes Françaises ralliés sont rassemblés et des barricades élevées aux points
sensibles. Le principal problème de ce comité reste celui des armes pour équiper les 48000 hommes de la milice
bourgeoise. Aussi, dès pointe du jour, 30000 à 40000 manifestants marchent sur les Invalides où sont entreposés 28000 fusils et vingt-quatre canons (dont un mortier). Les soldats préposés à leur garde passent du côté des manifestants. Besenval réunit les chefs de corps ; ceux-ci lui déclarent ne pouvoir
compter sur leurs hommes pour mater une telle insurrection.
Le château de la Bastille, enjeu de l’insurrection
A l’emplacement de l’actuelle Place de la Bastille, un château flanqué de huit tours servait de prison. La Bastille est vécue comme le symbole des décisions
arbitraires de l’Ancien régime par exemple les "Lettres de cachet", permettant au roi de faire emprisonner qui bon lui semble où bon lui semble sans autre forme de procès. Les cahiers de
doléances de la capitale demandent sa destruction. Et surtout parce qu’il ne sert à rien d’avoir pris les fusils des Invalides sans poudre pour tirer ; or, 250 barils de poudre y sont
stockés.
14 juillet : Prise de la Bastille
Vers 12h30, un malentendu amène des assiégeants à pénétrer dans la "cour du gouvernement". Ils sont accueillis par une salve de fusils et un coup de canon. Parmi
les morts le nom de deux hommes est connu : Jean Falaise (garçon cordonnier) et Rousseau (allumeur de réverbères). A partir de ce moment-là, s’ouvre une période d’échange de tirs entre la
garnison de la forteresse et les Parisiens.
Le Comité Permanent siégeant à l’Hôtel de Ville envoie vers quinze heures une délégation pour faire arrêter une tuerie inutile. Malgré tous ses efforts celle-ci est
seulement reçue à coups de fusil, d’où la décision du Comité d’envoyer plus de forces pour prendre la citadelle.
C’est alors qu’entre en scène le célèbre Hulin (un des personnages les plus sympathiques de la Révolution) qui dans la pagaille de la journée, a rassemblé autour de
lui 36 grenadiers et 21 fusiliers des Gardes Françaises, 2 caporaux, 2 canonniers, environ 400 autres citoyens armés, quatre canons et le mortier de l’Hôtel de Ville. Se joint aussi à lui la
colonne du sous-lieutenant Elie du Régiment de la Reine( un des rares officiers de l’armée sorti du rang après 22 ans de service).
Par leur grand courage et leur lucidité, Hulin et Elie, sont immédiatement acceptés comme chefs et braquent les canons sur la porte d’entrée. Vers 17 heures, la
garnison se rend et le peuple s’engouffre par les ponts-levis abaissés. Les assiégeants déplorent dans leurs rangs
(d’après les historiens qui ont travaillé sur le sujet) 98 morts, 60 blessés et 13 mutilés.
Les conséquences politiques de la prise de la Bastille
Dès le 15 juillet, le roi annonce que les troupes quittent Paris et ses environs. Le duc de Luxembourg, le comte d’Artois, le prince de Condé, le duc d’Enghien...
partent pour l’étranger. Le 16, il rappelle Necker, prenant de l’autonomie par rapport à la clique des nobles réactionnaires de la cour. Aussi, ceux-ci prennent le soir même le chemin de
l’émigration (les Polignac, Lauzun, Mortemart, Beauvau, Duras, D’Harcourt, Fitz-James, Breteuil, Broglie, Lambesc...). Le 17, Louis XVI se rend au quartier général des vainqueurs, l’Hôtel de
Ville de Paris, validant ainsi les décisions prises par la foule au soir du 14 ( Bailly comme maire de Paris et Lafayette commandant en chef de la milice bientôt nommée "Garde
nationale").
Mais surtout, l’impact révolutionnaire exceptionnellement symbolique de la prise de la Bastille, l’émergence des municipalités puis la guerre sociale de
juillet et la prise des châteaux signent évidemment, pour la France, la fin du type d’organisation politique défini par les historiens comme la "royauté absolue", l’absolutisme et la naissance de
la Nation souveraine et finalement celle de la première République en 1792.
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