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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 10:17

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                Ken Yang          -             "Les trois mondes"          -            "L'hiver (détails)"

 

Il y a parfois des découvertes qui vous laissent sans voix ! Celle que je viens de faire fait partie de celles-là. Il  s’agit des peintures de Keng Yang. Surprise, enchantement, incrédulité, sont les trois premiers mots qui me viennent à l’esprit pour en parler.

Les huiles de Ken Yang sont insolites. Chaque tableau est un conte mystérieux, qui se déploie dans une composition élaborée. Les protagonistes, un tant soit peu fantasques, nous regardent parfois droit dans les yeux, s'admirent dans une glace ou carrément nous tournent le dos. La fragilité des figures, la spontanéité des poses et la quiétude des visages et des attitudes font transparaître une force surprenante mêlée à  un dosage savant et subtil, précis et maîtrisé. La nature, levier contemplatif par excellence, est toujours présente par le truchement ici d'une fleur, là d'un petit lapin ou d'une luciole délicatement déposée sur la toile en guise de signature.

Son travail est rare. Ses tableaux, à teinte symbolique, ne s'inscrivent pas dans le cadre d'une construction conceptuelle subjective. Ils sont comme des moyens d'exaltation par l'artisanat. Non seulement il célèbre la Beauté à travers les personnages quasi iconiques, et pourtant réels, de ses peintures figuratives, et la richesse des matières nobles qui les habillent et les entourent (soierie, velours, dentelle, fourrure, cuir, nacre, bois) ; mais il l'appréhende surtout en tant qu'elle est la fugitive manifestation formelle d'une autre Beauté invisible, transcendante et difficile à saisir. Sa technique « à l'ancienne », qui s'apparente tantôt au sfumato de Léonard de Vinci, tantôt au chiaroscuro du Caravage ou au réalisme d'un Ingres féru d'étoffes et de drapés, fait s’écarquiller de surprise devant tant de perfection les yeux de quiconque pose son regard sur ses toiles, provoquant une fois l’état de choc passé, admiration et respect. 

Des neuf huiles sur toile présentées, l’œuvre intitulée "Les trois mondes " semble être la pièce maîtresse de cette deuxième exposition publique de l’artiste, elle en donne à la fois le ton et en constitue le résumé. Et ceci à plusieurs titres : tout d’abord du point de vue de la technique. En effet, Ken Yang, à la manière ancienne et iconographique, part d’une toile fondée d’une pâte assombrie. Il part donc de l’obscurité pour arriver petit à petit, couche après couche, à la lumière, qui fait apparaître les formes et les couleurs. L’exécution est impeccable (aucune trace de coup de pinceau), la finition d’une exceptionnelle finesse (surface unie et limpide).

Deuxièmement, du point de vue de la présentation. Ce tableau est proposé au public sous forme d’installation, savoir avec le lit, les rideaux, le tapis, la fourrure, le livret, l’éventail et le ruban bleu ciel, qui se trouvent également dans le même tableau. Ces éléments réels, qui meublaient l’atelier de l’artiste durant la période où il peignait cette toile, sont là pour accentuer la force du tableau : comme une mise en abyme littéraire ; comme un jeu de miroir ou une invitation à pénétrer le tableau et à se laisser pénétrer par lui. Troisièmement, du point de vue du contenu. Nous sommes devant une scène allégorique, que le titre de ce tableau souligne délicatement : « Les trois mondes ». Trois cartouches horizontaux se superposent dans une continuité sereine : dans celui du milieu, l’Homme s’allonge sous la forme d’une jeune femme. En dessous de lui le monde de la mort. En dessus le paradis, que représente une broderie japonaise du XIXème, accrochée encore maintenant sur le mur de l’atelier de l’artiste. Avec le crâne dans son coin, ce tableau s’inscrit volontiers dans la lignée des "Vanitas" européennes.

Enfin, et au-delà de la technique, au-delà de la mise en scène, au-delà de la métaphore, on observe dès le premier coup d’œil un souci esthétique très rigoureux et une recherche authentique de la Beauté, qui est le but même des Beaux-arts : ne dit-on pas que ceux-ci visent la contemplation du beau ?

Ce souci esthétique très rigoureux et cette recherche authentique de la Beauté, on les retrouve bien entendu dans les autres toiles et surtout dans leurs détails, comme par exemple dans "La dame au renard","La prière" ou "L'hiver" pour la dentelle de la robe ou encore " La nuit sous le cerisier " pour les plis du kimono. On appréciera aussi, dans un autre registre, le clin d’œil de l’artiste qui s’est glissé parmi les personnages de l’une de ses toiles … 

Pour lire la biographie de l’artiste et découvrir son univers : http://www.kenyang.info/

Galerie Menouar
Jusqu’au jeudi 20 octobre 2011.
16 rue du Parc-Royal 75003 Paris
Jeudi, Vendredi et Lundi : 10h30-18h00
Samedi et Dimanche : 11h00-19h00
Fermeture Mardi & Mercredi (ouverture possible sur rendez-vous).
Tél : 01 48 87 60 90.

Par Françoise BACHELET - Publié dans : L'info du jour - Communauté : Loisirs & Passions
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