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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 08:04

livre_livres_a_lire_la_dignite_des_psychopathes.jpgAutomne 1944. Sigmarigen, petite bourgade du sud de l’Allemagne, baignée par le Danube mais également petit bout de France pétainiste. Car il faut bien le dire, c’est là qu’ont échoués le banc et l’arrière banc de l’Etat collaborationniste et quelques-uns de leurs plus fidèles partisans. On y trouve dans le château des Hohenzollern, le vieux Maréchal muré dans son silence et Pierre Laval au bout du rouleau. À leurs côtés, les jusqu’au-boutistes de la dernière heure : Déat, Brinon, Darland et ses miliciens, Doriot et ses troupes du Parti Populiste Français, dont le QG n’est autre qu’une auberge crasseuse où ils refont le monde, en compagnie de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, médecin de fortune pour l’occasion.

 

Au milieu d’eux, se distinguent deux hommes :  Alexandre de Saint-Furchac, héritier de la société des Aciéries de Saint Chamond, chef de trentaine de la Franc-Garde, grade qu’il avait déjà dans les rangs nationalistes espagnols, dans l’armée française et dans la Milice,  un homme qui ne semble pas écrasé par la peur ou par la résignation, comme la majeure partie des soldats de Vichy, à l’idée que la fin est proche, ce qui du coup fait penser à certains qu’il pourrait être un agent double. Et quand on connaît un peu son passé, cela ne serait pas vraiment étonnant.  Et Albert Mordefroid, soldat du 287ème régiment d’artillerie lourde d’Afrique et  secrétaire de rédaction au journal pro-nazi "La France", qui s’accroche désormais à la promesse qu’il s’est faite quatre années plus tôt de régler son compte à celui qui a écrasé son chien le brave Boulu et qui n’est autre que Jacques Doriot, le chef du PPF. Sa rencontre avec Alexandre de Saint-Furchac va lui fournir l’occasion qui lui manquait et devenu le jouet de forces qui le dépassent, apprendre à ses dépens qu’on ne retourne pas impunément sa veste. 

 

Voici un roman historique sur fond de Guerre Mondiale, mêlant l’absurdité de cette dernière  à celle du quotidien, avec Alex qui cherche à sauver sa peau et Albert qui n’a qu’une idée en tête, tenir la promesse qu’il s’est faite : tuer celui qui a écrasé son chien. De son écriture au style direct, sans fioriture et franc du collier, Frédéric Paulin décrit à merveille le côté sombre, brutal et bestial de la nature humaine. De plus, par je ne sais quel tour de force, il a réussi à capter mon attention et à faire que je ne referme pas le livre au bout de quelques pages sachant qu’au début l’affaire n’était pas gagnée la couverture ne m’inspirant pas franchement et le sujet de fond non plus. Un début d’explication viendrait du fait qu’il est également très fort pour retranscrire l’atmosphère pesante, presque suffocante des différents lieux et situations dans lesquels il transporte le lecteur et que malgré cette presque chape de béton au dessus de sa tête, celui-ci n’a plus qu’une envie : continuer sa lecture pour savoir si Alex et Albert ont des limites…

Par Françoise BACHELET - Publié dans : Romans Français - Communauté : Critiques littéraires
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