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"Le croire pour le voir " est une
compilation de douze travaux du philosophe, publiés à l’exception d’un seul, entre 1979 et 2009 dans la revue catholique internationale Communio dont il est le co-fondateur. La raison d’être, le fil conducteur de cet ouvrage est qu’ils ont en commun le même souci et la même querelle, un des thèmes favoris de l’auteur, à
savoir exposer que la foi et la raison non seulement, dans le cas de la pensée chrétienne et plus particulièrement catholique, se contredisent aujourd’hui moins que jamais, mais que la question
même de leur supposé conflit n’a aucun sens et ne devrait pas même se poser.
La plupart du temps, on oppose la foi et la raison. Pourtant, selon le principe que Saint Augustin tirait que d’une traduction ancienne du livre d’Isaie, il se pourrait que, dans un certain cas, on doive écouter un avertissement contraire : "Vous ne comprendrez pas si vous ne croyez pas". Ou, pour parler comme Pascal, " A moins d’aimer la vérité, on ne saurait la connaître". Et donc la foi ne se substitue pas à la raison, mais, dans bien des cas, la rend possible.
Trois arguments sont ici développés : D’abord que dans la crise du nihilisme, la raison elle-même peut devenir irrationnelle et surtout perdre toute autorité en elle-même : pourquoi agir suivant la raison, plutôt que contre elle ? La raison a-t-elle la moindre capacité pour dire le vrai et le bien ? Et d’ailleurs, en quoi sommes nous tenus au vrai et au bien ? Il faut donc sauver la raison, si on veut garder raison et la suivre. Il faut croire en la raison elle-même.
Ensuite et par conséquent, il appartient essentiellement aux chrétiens d’assumer un devoir de rationalité. Le service du bien commun passe aussi, et peut être d’abord, par le devoir d’intelligence, plus que par les prestiges dévalués du militantisme et les illusions de l’expérience immédiate. Après tout, Dieu s’incarne comme Parole, verbe et donc raison. Il faut croire que Dieu pense et pense juste.
Enfin, la sainteté de l’amour, la sainteté en tant que la gloire de l’amour accompli, ne peut pas se voir à l’œil nu, comme une chose du monde, comme un objet de la technique. Tout comme seul l’amant voit l’amabilité de l’aimable ou autrui l’aimant, seul celui qui croit en l’amour peut le reconnaître et ainsi accéder au visage du saint de Dieu.
Né en 1946, Jean-Luc Marion intègre l’Ecole normale supérieure (Ulm) en 1967. Titulaire de la chaire de métaphysique à la Sorbonne Paris-IV et professeur à l’Université de Chicago, il est le co-fondateur de la revue catholique internationale Communio et dirige actuellement la collection "Epiméthée" aux PUF. Elu à l’Académie Française, le 06 novembre 2008 par 11 voix sur 22 présents, il succède au cardinal Jean-Marie Lustiger à qui il a rendu hommage dans son discours de réception, le 21 janvier dernier. Ses œuvres principales sont "L’Idole et la Distance" (1977), "Prolégomènes à la charité" (1986), "Étant donné" (1997), "Le Phénomène érotique" (2003) et "Certitudes négatives" (2010).
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