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Le grand écrivain italien Antonio Tabucchi, mort dimanche à Lisbonne, à l’âge de 68 ans et qui a souvent privilégié dans ses oeuvres les histoires d'antihéros comme dans ses romans les plus connus "Nocturne indien" ou "Pereira prétend", était sans doute le plus européen des écrivains italiens.
Né le 24 septembre 1943 à Pise en Italie, ce fils unique d'un marchand de chevaux avait fait ses études de lettres et de philosophie en Toscane, avant de voyager en Europe sur les traces de ses auteurs préférés.
Au retour d'un séjour à Paris, il déniche Gare de Lyon un recueil signé de Fernando Pessoa (1888-1935) qui contient le fameux poème "Bureau de tabac". Bouleversé, il se passionne pour le pays de Vasco de Gama, dont il apprendra la langue et la culture pour l'enseigner en Italie et où il rencontrera son épouse. Il deviendra également le traducteur du poète Fernando Pessoa.
Mais son premier roman, "Place d'Italie" (1975) est situé dans son pays natal. Tabucchi y revisite l'histoire de l'Italie à travers ses perdants, en dressant le portrait de trois générations d'anarchistes toscans, depuis la période garibaldienne jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Après plusieurs autres écrits, dont "Le fil de l'horizon" --où l'employé d'une morgue cherche à tout prix à mettre un nom sur un cadavre--, l'auteur connaît son premier succès hors des frontières avec "Nocturne indien" (1984).
Ce roman, salué par le Prix Médicis en France et qui a inspiré un film au Français Alain Corneau, raconte le voyage aux allures de vagabondage d'un homme parti à la recherche d'un ami disparu, mais qui poursuit finalement la quête de sa propre identité, comme la plupart des personnages du romancier.
Avec "Requiem" (1992), une errance à Lisbonne écrite en portugais, puis "Pereira prétend" (1994), dont la trame se déroule sous la dictature de Salazar, Tabucchi affirme définitivement sa fascination pour sa seconde patrie.
Pereira, journaliste catholique dont l'auteur raconte la prise de conscience vers l'antifascisme, deviendra un symbole de la liberté d'information dans le monde entier mais aussi le porte-drapeau de la lutte contre l'arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi en Italie, en 1994. Le roman a été adapté au théâtre.
Dans "Tristan meurt" (2004), Tabucchi fustigeait l'Italie berlusconienne à travers un vieil homme mourant qui se confie à un ami. Au-delà de la situation italienne, l'écrivain estimait que "la démocratie n'est pas donnée". "Il faut la surveiller et demeurer vigilant", soulignait celui qui a été l'un des membres fondateurs du défunt Parlement international des écrivains (PIE), créé en 1993 pour aider les auteurs cibles de menaces terroristes.
Tabucchi, qui a enseigné en France et participé à la traduction de ses romans dans ce pays, dont la vingtaine de livres a été traduit en 40 langues. L'auteur aimait les histoires courtes --"une forme fermée comme le sonnet"-- et ses nombreux romans écrits d'une écriture limpide avaient pour sujet des personnages sans envergure dont le destin bascule avec un voyage ou une rencontre.
"Les gens qui doutent souvent ont quelquefois une vie plus pénible et épuisante, mais ils sont vivants (...) Je n'aime pas les personnages dont les vies sont pleines, satisfaisantes", avait résumé l'écrivain aux petites lunettes rondes et au crâne dégarni, dans un entretien au Courrier de l'Unesco.
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