René Guitton
qui se définit comme un écrivain engagé dans la lutte contre tous les "ismes" : racisme, obscurantisme, intégrisme, extrémisme, sexisme... et contre les
phobies : judéophobie, christianophobie, islamophobie, homophobie et tout rejet de l'Autre, nous démontre à travers son enquête approfondie, troublante et sans parti-pris, fondée sur de
nombreux témoignages et confidences, comment les intégristes juifs, chrétiens, ou musulmans en coupant leurs adeptes de la société, en
refusant le vivre-ensemble, nient les valeurs fondatrices de la République mettant en péril nos modes de vie.
Ici, ils excluent les non-croyants de leur table. Là, ils interdisent aux femmes d’aller cheveux nus et aux hommes de leur adresser la parole. Ailleurs, ils rejettent la démocratie, l’école laïque, l’avortement, l’homosexualité, la liberté de penser… et d’autres pratiques qui font froid dans le dos.Ces interdits que l’on croirait d’un autre âge sont, aujourd’hui en France, une réalité et font peser sur la tolérance, la liberté d’expression, le multiculturalisme, le respect des différences, et l’égalité de tous devant la loi, de graves menaces.
Confidences de l’auteur :
Cette enquête minutieuse, toujours prudente, parfois aventureuse, m'a révélé un fort refus de notre République, ou une grande indifférence à son égard, constitutifs de la survie même des fondamentalismes radicaux. Ces communautés juives, catholiques, protestantes ou musulmanes, qui rejettent les valeurs citoyennes, existent bel et bien, on le constatera au fil des pages qui suivent. (…) En vérité, l'intégrisme – les intégrismes – a élu domicile dans toute la France. Le montrer et le dénoncer ressort tout autant du civisme que de la simple observation de la réalité.
Le texte qui suit ne constitue pas une étude sur le judaïsme, le catholicisme, le protestantisme ou l'islam dans l'Hexagone. Il s'agit clairement d'une analyse des dérives actuelles que génèrent des groupes minoritaires, se réclamant abusivement d'un littéralisme condamné par les hautes autorités ou les courants ouverts de leur propre religion. De la même manière nous garderons-nous de jugements plus intégristes que ceux des intégristes eux-mêmes. Avant d'entrer dans le vif de l'enquête, il convient donc d'écarter toute suspicion d'amalgame. (…)
Marx disait : " La religion est l'opium du peuple." Évoquer l'auteur du Capital, c'est déjà courir le risque d'être qualifié de marxiste par ceux-là mêmes qui sont maîtres en matière de raccourcis et oublient de citer les lignes qui précèdent le célèbre fragment. Sa forme écourtée mérite d'être complétée car elle comporte une argumentation mesurée : "La détresse religieuse est, pour une part, l'expression de la détresse réelle, et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans âme, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu."
Cette citation m'a donné à réfléchir durant mes longs mois d'investigation et d'écriture. Il y a deux catégories d'individus qui comprennent difficilement le fait religieux : ceux dont la foi se limite à l'acceptation aveugle des dogmes – et en dehors de leur dogme point de salut –, et ceux qui voient dans la négation des cultes la condition sine qua non de la liberté. Les uns et les autres s'en tiennent à une vision figée de leurs héritages religieux ou intellectuel respectifs.
Ils privilégient la lettre sur l'esprit et veulent ignorer les ajouts successifs apportés aux messages initiaux par les théologiens. De même entendent-ils occulter l'évolution des dogmes au fur et à mesure de leur propagation dans des aires géographiques et culturelles différentes, ou en fonction d'expériences historiques particulières. (…)
Les pages qui suivent se refusent à assimiler, dans la même dangerosité, les différents intégrismes religieux. Elles voudraient dénoncer la forme schématique qu'affirment, en ce début du XXIe siècle, certains fondamentalistes des grands courants monothéistes, qui ne peuvent se résoudre à concilier foi et modernité. Il serait donc stupide d'en faire les tenants authentiques d'une orthodoxie dont ils sont moins les défenseurs que les usurpateurs, abusant de notre ignorance ou de notre indifférence en matière spirituelle. Et c'est rendre justice tant au judaïsme qu'au christianisme et qu'à l'islam, composantes indéniables de notre société, que de le dire et de le montrer.
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