Jacques Baudou est le spécialiste de la fantasy en France. Il a notamment publié une Encyclopédie de la fantasy (aux Éditions Fetjaine) et un Que sais-je ? consacré au genre. S’il est l’un des plus fins connaisseurs de cet univers-là, il se passionne aussi pour le polar, qu’il décrypte dans des ouvrages qui font référence.
C’est un genre littéraire récent – son développement date des années 1970, à la suite de la parution du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien en paperback
aux États-Unis –, mais en même temps assez ancien. Ses précurseurs – Lewis Carroll, James Barrie, Kenneth Grahame – sont des écrivains britanniques de l’ère victorienne ou édouardienne. Il s’agit
d’un genre littéraire relevant, comme la science-fiction ou le fantastique, des littératures de l’imaginaire, puisant son inspiration soit dans les contes de fées (du folklore ou dans leurs
transcriptions lettrées), soit dans les mythologies, où la magie joue un rôle essentiel. Il met en scène des mondes secondaires dont les lois physiques sont différentes de celles de notre monde
et dont les intrigues se déroulent dans des temps historiques anciens (Moyen Âge, Antiquité, principalement).
Marie-José Sirach : Dites-nous tout sur la littérature fantasy…
Jacques Baudou :
M-J S : Quels sont ses thèmes de
prédilection ?
J B : La lutte du Bien contre le Mal, l’utilisation – bonne ou mauvaise – de la magie, la quête,
la pérégrination, les peuples de la Faërie.
M-J S : Qui sont donc "ces peuples de la Faërie" ?
J B : Ce sont les peuples des traditions populaires, celtiques et autres : fées, lutins,
elfes, etc. Nos ancêtres croyaient en leur existence. Ils ont disparu, mais la fantasy démontre que, sans doute, ils
nous manquent.
M-J S : La fantasy, une littérature de l’imaginaire, dites-vous ? Une littérature refuge, peut-être ?
J B : Il est bien clair que le succès de la fantasy est dû en grande partie à un besoin
d’émerveillement que ne satisfait plus la science-fiction. Réenchanter un monde qui a grand besoin de l’être. Cela peut-être régressif, bien sûr. Mais déjà Tolkien disait à ceux qui pouvaient lui
reprocher de faire une littérature d’évasion qu’il "ne fallait pas confondre l’évasion du prisonnier et la fuite du déserteur". Une branche de la fantasy, la fantasy urbaine, est un excellent
moyen de critique sociale ou sociétale.
M-J S : S’adresse-t-elle à un public particulier, ou tout le monde peut-il succomber à ce genre littéraire ?
J B : Le lectorat de la fantasy est surtout un public jeune. Mais c’est un genre qui s’adresse à
tout le monde avec un mélange de roman d’aventures et de merveilleux. Certains de ses auteurs ne se contentent pas de reconduire des formules éprouvées, mais font preuve d’une belle invention et
d’un don d’enchantement.
M-J S : Quels sont les auteurs cultes ?
J B : Tolkien, Mervyn Peake, Michael Ende, Robert E. Howard, Michael Moorcock, Robin Hobb, David
Eddings, Fritz Leiber, Robert Holdstock et, pour la France, Fabrice Colin, David Calvo, Pierre Pevel et à sa marge, excentrique, Xavier Mauméjean.
M-J S : Qui sont les auteurs qui renouvellent le genre et
en quoi le renouvellent-ils ?
J B : Ce sont les auteurs qui sortent des sentiers battus – notamment du schéma tolkiennien, trop rebattu par ses successeurs. On peut citer, par exemple, Robert Holdstock avec son cycle de la Forêt des Mythagos, ou John Crowley, avec le Parlement des fées. Il y a aussi ceux qui, dans la fantasy épique, renouvellent les approches avec talent comme Robin Hobb.
Entretien réalisé par
Marie-José Sirach pour www.humanite.fr
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