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Interview

Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /2010 07:39

  livres a lire les travailleuses sans visage livres a lire Cathy Raynal

 

Bonjour, tout d'abord, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Cathy Raynal. Ancienne salariée de France Telecom  et déléguée du personnel, je décide,  à presque 49 ans  de quitter le monde du travail pour me consacrer à l’écriture que je pratique depuis mon enfance.   Je n’ai jusqu’ici  publié que des poèmes et haïkus dans des revues littéraires  ainsi que des textes et paroles de chansons   sur mon blog. Toutes ces années, j’ai   surtout écrit pour moi, pour le plaisir de m’exprimer, de créer, de jouer avec les mots.

Vous venez de publier votre premier livre intitulé «  Les travailleuses sans visage » publié chez Edilivre. De quoi parle-t-il ?

Ce livre a pour héroïnes cinq femmes qui travaillent sur le même plateau téléphonique, trois d’entre elles  ont un passé à France Telecom, et donc une culture de service public. Ce sont celles qui  ont le plus de  mal à accepter ce qu’on leur demande d’être du jour au lendemain. Les deux autres étant plus jeunes n’ont pas ce vécu mais sont encore plus sollicitées par leur manager pour atteindre ces fameux objectifs de vente (qui chaque mois augmentent inexorablement) en plaçant un maximum de produits et service sans souvent tenir compte des besoins et de la satisfaction du client .

 
Quel a été l’élément déclencheur à l’origine de ce roman et qui a provoqué chez vous cette envie (ce besoin) d’écriture ?

Mon départ de l’entreprise, en tant que déléguée du personnel, me donnait l’impression d’abandonner  mes collègues à leur sort. Avant de les quitter, je me suis  fait la promesse d’écrire pour elles et de dénoncer ce que le grand public ne voit pas, n’imagine même pas. Besoin de dire ce qui existe derrière ces voix  au téléphone, qui parfois nous exaspèrent,  tant on ignore tout des ces personnes humaines et de leurs conditions de travail. Il y eut aussi pour moi un travail thérapeutique sur un épisode de « harcèlement moral » que j’avais besoin d’évacuer.

 
Pourquoi avoir préféré le roman plutôt que le récit pour témoigner de ce que vous avez vécu ? 

J’ai pensé au lecteur : raconter les journées des  téléopératrice pouvait être rébarbatif. Mais pour être franche, c’est surtout pour moi que cela aurait été ennuyeux !  J’avais besoin de créer des histoires, inventer des vies à mes personnages en dehors du boulot,  faire travailler mon imagination,   broder et enjoliver. Bref le roman était pour moi la seule voie possible ! Il n’empêche que tout ce qui est dit sur l’organisation du travail, les rapports entre la hiérarchie et le personnel, ainsi que le quotidien de ces femmes sur leur position de travail est entièrement inspiré de la réalité.

Peut-on aborder votre méthode de travail ?

Je travaille selon un plan que je me suis fixé au départ, pour ensuite le remettre en question à la moindre occasion ! Mettre des noms à des chapitres non encore écrits m’aide à me structurer, et à avoir une vue d’ensemble sur le déroulement que je veux donner à l’action. Je passe aussi beaucoup de temps à relire et corriger au fur à mesure que j’écris. Lorsque j’ai terminé en partie ou en entier mon roman,  je laisse poser un bon mois le temps d’avoir du recul et un avis un peu plus objectif  sur ce que j’ai écrit.  Si ça me plait, je peux continuer sinon, c’est une coupe impitoyable qui s’exerce et je recommence des paragraphes entiers !

 Quels sont vos projets maintenant ? 

J’ai commencé un nouveau roman où il est question de l’émancipation des femmes suite à Mai 68, et de la vie de l’une d’elle encore enfant à l’époque. On y suivra  jusqu’au seuil de sa vieillesse son parcours  sexuel, affectif et professionnel,  tout au long de sa vie de femme aimant les hommes plus que tout mais préférant rester libre. Je me donne encore une année pour le terminer.

Le sujet de votre prochain roman semble également passionnant ! Je vous remercie d’avoir répondu à nos questions et vous souhaite bonne continuation dans vos travaux d’écriture.

 

Pour lire un extrait du livre " Les travailleuses sans visage"  et pour le commander

 

Pour suivre l’actualité de Cathy Raynal sur son blog 

 

Par Françoise BACHELET - Publié dans : Interview - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 06:38

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Jacques Baudou est le spécialiste de la fantasy en France. Il a notamment publié une Encyclopédie de la fantasy (aux Éditions Fetjaine) et un Que sais-je ? consacré au genre. S’il est l’un des plus fins connaisseurs de cet univers-là, il se passionne aussi pour le polar, qu’il décrypte dans des ouvrages qui font référence.



Marie-José Sirach : Dites-nous tout sur la littérature fantasy…

Jacques Baudou : C’est un genre littéraire récent – son développement date des années 1970, à la suite de la parution du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien en paperback aux États-Unis –, mais en même temps assez ancien. Ses précurseurs – Lewis Carroll, James Barrie, Kenneth Grahame – sont des écrivains britanniques de l’ère victorienne ou édouardienne. Il s’agit d’un genre littéraire relevant, comme la science-fiction ou le fantastique, des littératures de l’imaginaire, puisant son inspiration soit dans les contes de fées (du folklore ou dans leurs transcriptions lettrées), soit dans les mythologies, où la magie joue un rôle essentiel. Il met en scène des mondes secondaires dont les lois physiques sont différentes de celles de notre monde et dont les intrigues se déroulent dans des temps historiques anciens (Moyen Âge, Antiquité, principalement).

 
M-J S : Quels sont ses thèmes de prédilection ?

J B : La lutte du Bien contre le Mal, l’utilisation – bonne ou mauvaise – de la magie, la quête, la pérégrination, les peuples de la Faërie.

M-J S : Qui sont donc "ces peuples de la Faërie" ?

J B : Ce sont les peuples des traditions populaires, celtiques et autres  : fées, lutins, elfes, etc. Nos ancêtres croyaient en leur existence. Ils ont disparu, mais la fantasy démontre que, sans doute, ils
nous manquent.

 

M-J S : La fantasy, une littérature de l’imaginaire, dites-vous ? Une littérature refuge, peut-être ?

J B : Il est bien clair que le succès de la fantasy est dû en grande partie à un besoin d’émerveillement que ne satisfait plus la science-fiction. Réenchanter un monde qui a grand besoin de l’être. Cela peut-être régressif, bien sûr. Mais déjà Tolkien disait à ceux qui pouvaient lui reprocher de faire une littérature d’évasion qu’il "ne fallait pas confondre l’évasion du prisonnier et la fuite du déserteur". Une branche de la fantasy, la fantasy urbaine, est un excellent moyen de critique sociale ou sociétale.
 

M-J S : S’adresse-t-elle à un public particulier, ou tout le monde peut-il succomber à ce genre littéraire ?

J B : Le lectorat de la fantasy est surtout un public jeune. Mais c’est un genre qui s’adresse à tout le monde avec un mélange de roman d’aventures et de merveilleux. Certains de ses auteurs ne se contentent pas de reconduire des formules éprouvées, mais font preuve d’une belle invention et d’un don d’enchantement.
 

M-J S : Quels sont les auteurs cultes ?

J B : Tolkien, Mervyn Peake, Michael Ende, Robert E. Howard, Michael Moorcock, Robin Hobb, David Eddings, Fritz Leiber, Robert Holdstock et, pour la France, Fabrice Colin, David Calvo, Pierre Pevel et à sa marge, excentrique, Xavier Mauméjean.


M-J S : Qui sont les auteurs qui renouvellent le genre et
en quoi le renouvellent-ils ?

J B : Ce sont les auteurs qui sortent des sentiers battus – notamment du schéma tolkiennien, trop rebattu par ses successeurs. On peut citer, par exemple, Robert Holdstock avec son cycle de la Forêt des Mythagos, ou John Crowley, avec le Parlement des fées. Il y a aussi ceux qui, dans la fantasy épique, renouvellent les approches avec talent comme Robin Hobb.

 

Entretien réalisé par Marie-José Sirach  pour www.humanite.fr

Par Marie - José Sirach - Publié dans : Interview - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 16:49


Le Collectionneur est votre cinquième roman, qui vous a poussée à en faire une adaptation théâtrale ?

C’est Jean Louis Livi. Il a voulu en faire un film avec Edouard Molinaro, on a commencé à travailler avec lui, puis il m’a dit " Le Collectionneur est un huis-clos, une pièce de théâtre, et si c’était toi qui l’écrivais ? ". Sans lui, je n’en aurais pas eu l’idée.

 
Comment êtes vous passée de l’écriture romanesque à l’écriture théâtrale ?

J’ai écrit plusieurs versions du Collectionneur. La première était très proche du roman, je ne parvenais pas à me détacher du livre. Puis j’ai réalisé qu’il y avait une grande différence entre le mot écrit destiné à le rester et le mot écrit destiné à être dit. Et qu’il fallait adapter mon histoire, peut être même me trahir un peu. Alors j’ai laissé passer du temps, le temps de m’éloigner d’Arpad et d’Olivia tels que je les avais imaginés et de leur donner vie différemment, pour la scène cette fois. Il fallait aussi accepter que je ne sois plus seule avec mes personnages, seule à décider comme dans le roman ; qu’après l’écriture, je devrais partager leurs destinées avec les acteurs, le metteur en scène, que l’aventure n’était plus solitaire.

A vrai dire j’étais très heureuse de retrouver mes personnages, de refaire un bout de chemin avec eux ; j’ai écrit "Le Collectionneur" en 1992, les personnages ne m’ont jamais quittée. Quand Daniel Benoin s’est intéressé à la pièce, ce qui était pour moi une grande chance étant donné les spectacles que j’avais vus de lui, j’ai décidé d’y associer mon mari. Il est le meilleur lecteur que je connaisse. J’ai pensé qu’il serait intéressant de travailler ensemble.


Comment avez-vous exprimé pour la scène les motivations de vos personnages ?

 J’ai été à fond, sans barrière … j’ai sombré avec eux … c’est l’avantage du roman et du théâtre par rapport à la vie où les débordements sont dangereux … le théâtre est un espace de liberté, dans la vie on ne l’est jamais vraiment, en cela il est nécessaire et plus intéressant.


Le personnage d’Arpad de la Castille s’enferre dans sa passion aveugle qui détruit tout autour de lui, comment expliquez vous cette folie qui naît du rapport de l’homme aux objets ?

A cette folie correspondent sûrement des explications très complexes. Le besoin de protection, on peut aimer un objet, un objet ne meurt pas, mon héros n’imaginait pas que sa monnaie à l’effigie de Cléopâtre pouvait disparaître … Puis la passion m’intéresse, surtout quand c’est un homme digne de respect qui est pris dans ce tourbillon et qu’elle s’approche de la folie …Je voulais écrire un livre sur les faiblesses des « grands hommes » sur leurs fragilités. Je suis partie d’un fait divers qui s’est passé au début du siècle, j’ai décidé de le romancer ; comme je ne connaissais rien à la numismatique, j’ai acheté des livres, je suis allée étudier à la Bibliothèque Nationale. J’ai interviewé des numismates, des experts, j’ai d’ailleurs fait relire mon livre par le conservateur en chef du cabinet des médailles, Michel Amaudry, qui m’a conduite sur les traces de Cléopâtre et Madame Sylvie de Turckheim-Pey, conservateur au cabinet des médailles. Voilà cela me plaît : qu’il y ait un bout de vrai dans mon roman et donc dans la pièce, cela me plaît de dire : "Attention, c’est possible, c’est déjà arrivé…".

 

Dans la vie, vous êtes une collectionneuse, est ce que collectionner a provoqué en vous de tels excès ?

J’ai été victime d’un vol, le vol d’un objet extraordinaire. Longtemps, l’objet a manqué à mon regard, a manqué à mes mains. C’est bizarre ce manque … Je me disais "On n’a pas le droit d’être malheureux pour un objet". J’ai résisté … Mais je savais qu’un jour j’écrirai l’histoire de quelqu’un qui ne se maîtrise pas, qui souffre, qui transpose, qui confond, qui accuse, qui se comporte « mal » et qui ne peut pas faire autrement … Peut être parce que j’aurais pu moi aussi m’emporter … Les livres servent à vivre ce que l’on ose vivre. Mais ma vie n’aurait pas de sens sans l’écriture, elle serait incomplète. Arpad, mon héros, est par ailleurs un type bien, un savant, un homme modeste, humain et pourtant, il va faillir… En cela l’histoire, où le hasard va jouer un rôle, me passionnait.

 

 

Le Collectionneur mis en scène par Daniel Benoin sera à l’affiche du Théâtre National de Nice du 20 au 31 Janvier 2010. Pour tous renseignements : www.tnn.fr

 

A noter qu’une rencontre/séance de dédicace aura lieu le samedi 23 Janvier à 16 heures en présence de Christine Orban à la librairie Jean Jaurès, 2 rue Centrale à Nice et qu’à l’issue de la représentation du 28 janvier est prévue une rencontre avec l’équipe artistique. 

Par Théâtre National de Nice - Publié dans : Interview - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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