Véronique Tardy, qui a créé un site internet sur lequel elle donne des conseils à ceux qui veulent s'auto-éditer, répond à nos questions sur ce phénomène en pleine expansion.
Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est l'auto-édition et pourquoi avoir fait un site consacré à ce sujet ?
Dans un cadre classique, un écrivain signe avec une maison d'édition afin que celle-ci prenne en charge les différents aspects légaux de la publication d'un livre, ainsi que la sous-traitance de l'impression, puis la distribution et la promotion. Dans l'auto-édition l'écrivain est à la fois l'auteur ET la maison d'édition. Il doit donc se charger lui-même de tous les aspects qui normalement sont pris en charge par des professionnels.
Si j'ai fait un site sur le sujet, c'est avant tout dans un but de partage. Ne travaillant pas dans le monde de l'édition, quand j'ai voulu auto-éditer mon premier livre, je me suis posée de nombreuses questions, mes connaissances sur le sujet étant totalement inexistantes. J'ai trouvé sur internet la plupart des réponses, mais éparpillées sur de nombreux sites. J'ai voulu les réunir sur un seul afin que d'autres personnes puissent avoir une vision d'ensemble de ce qu'il faut faire pour s'auto-éditer. D'autre part et pour éviter de fournir de fausses informations, je me suis basée sur ma propre expérience pour écrire chaque article.
Et pour ne rien vous cacher, une partie de ce site me sert également à faire la promotion de mes deux livres, car quand on publie soi-même, se faire connaître reste quelque chose de très compliqué.
Vous avez donc auto-édité vos livres ?
Oui. Ils sont en vente sur mon site. En dehors des informations sur l'auto-édition et de ces livres, vous trouverez également quelques textes à lire en ligne et un petit générateur aléatoire de noms que j'ai programmé moi-même, car il faut dire que mon vrai métier, c'est la programmation !
Pourquoi selon vous l'auto-édition a le vent en poupe ?
Je pense que cela vient de deux choses : de plus en plus de gens ont le désir de partager leurs écrits (d'ailleurs internet nous montre chaque jour à quel point nous aimons écrire) et la saturation de l'édition classique. On peut critiquer les maisons d'édition, mais on ne peut pas tout leur mettre sur le dos. Ils publient énormément de livres et ne rentrent pas à chaque fois dans leurs frais. Les petites maisons d'édition ont même souvent du mal à joindre les deux bouts. Pour un auteur qui croit en la valeur de ses écrits malgré les réponses négatives lorsqu'il envoie ses manuscrits, il ne reste donc plus que l'auto-édition.
Admettons que j'ai écrit un livre et que je veuille le publier moi-même. Comment dois-je m'y prendre ?
Comme vous devez tout faire vous-même et que personne ne vous aidera à pointer les détails qui clochent, vous allez devoir faire extrêmement attention à toutes les différentes étapes sans en négliger aucune. En premier lieu et avant d'essayer de publier, assurez-vous que votre livre soit correctement écrit, éliminez les fautes d'orthographe au maximum et mettez votre œuvre en page afin qu'elle corresponde aux standards de l'édition. Occupez-vous également de la couverture, mais faites bien attention si vous souhaitez utiliser une photo ou un dessin trouvé sur internet. Assurez-vous d'obtenir les droits d'une image que vous aimeriez utiliser ou bien faites une couverture très sobre sans illustration. Demandez un code ISBN que vous allez mettre à la fin ou au début de votre texte, mais également sur la couverture. Contactez un imprimeur et déposez un ou deux exemplaires à la BNF. Tout ceci demande beaucoup de travail et est beaucoup moins glamour que l'écriture en elle-même. Rappelez-vous également que vous n'aurez aucune maison d'édition pour "passer derrière vous " et vérifier que toutes ces étapes ont été correctement effectuées.
Quelles sont les choses à ne surtout pas négliger ?
Je dirais que c'est le contenu même du livre. Après tout, on écrit pour être lu et pour plaire au lecteur. Le plus important, c'est l'histoire. Éliminer les fautes d'orthographe permet de ne pas distraire le lecteur, de ne pas le faire sortir du livre, la mise en page s'adresse à l'imprimeur, l'ISBN est pour les librairies, le dépôt légal permet de se conformer à la loi. Tout ceci ne sont que des détails administratifs, le plus important c'est d'avoir un contenu intéressant, bien écrit et qui tient la route. Mon conseil : faites lire votre livre par une ou plusieurs personnes de confiance et acceptez leurs critiques. Non seulement vous allez améliorer votre livre, mais vous allez également améliorer vos écrits en général, car vous apprendrez quels sont vos points faibles, ce qui vous permettra d'y remédier.
Comment protéger mon oeuvre ?
Ce n'est pas obligatoire, mais vous avez plusieurs méthodes à votre disposition. Une des méthodes les plus simples et les moins couteuses est l'envoi du manuscrit à soi-même, c'est également la méthode la moins efficace en cas de problème. Celle qui est totalement indiscutable est le dépôt du manuscrit auprès d'un notaire. Entre les deux, vous avez également des sociétés qui vous proposent une protection pour quelques euros seulement. À vous de choisir celle qui vous convient le mieux.
Y-a-t-il d'autres démarches à faire ?
Tout dépend de ce que vous souhaitez faire. Si c'est pour diffuser votre livre dans un cadre restreint, voire uniquement familial, vous êtes dispensé de toute démarche administrative. Si vous souhaitez diffuser auprès d'un public plus large, vous devrez demander un code ISBN (utilisé par les libraires) et faire un dépôt légal à la BNF. Le code ISBN doit être demandé en premier et devra apparaître sur la couverture du livre. Tout ceci n'est pas compliqué, il faut juste contacter les bonnes institutions et faire les choses dans l'ordre.
Selon vous au final, quelle phase de l'auto-édition est la plus compliquée ?
Sans aucun doute la toute dernière : la promotion. Il est extrêmement difficile de se faire connaître et de vendre son livre. Si vous êtes vraiment décidé, alors il vous faudra vous investir énormément. Allez voir les libraires pour déposer quelques exemplaires, faites les différents salons du livre, proposez des séances de dédicaces, bref, allez à la rencontre de vos lecteurs potentiels et soyez convaincant. Cette phase-là est cruciale, mais ne vous attendez pas à devenir millionnaire ! Certains auto-édités disent avoir réussi à vendre quatre cents exemplaires de leur livre, je pense que c'est une minorité et que la plupart vendent plutôt une quarantaine d'exemplaires à tout casser. L'auto-édition n'est vraiment pas synonyme de succès !
Pour tous ceux à qui cette interview a donné des idées, le site de Véronique Tardy est à visiter de toute urgence pour de plus amples conseils.
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