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Interview

Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 06:38

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Jacques Baudou est le spécialiste de la fantasy en France. Il a notamment publié une Encyclopédie de la fantasy (aux Éditions Fetjaine) et un Que sais-je ? consacré au genre. S’il est l’un des plus fins connaisseurs de cet univers-là, il se passionne aussi pour le polar, qu’il décrypte dans des ouvrages qui font référence.


C’est un genre littéraire récent – son développement date des années 1970, à la suite de la parution du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien en paperback aux États-Unis –, mais en même temps assez ancien. Ses précurseurs – Lewis Carroll, James Barrie, Kenneth Grahame – sont des écrivains britanniques de l’ère victorienne ou édouardienne. Il s’agit d’un genre littéraire relevant, comme la science-fiction ou le fantastique, des littératures de l’imaginaire, puisant son inspiration soit dans les contes de fées (du folklore ou dans leurs transcriptions lettrées), soit dans les mythologies, où la magie joue un rôle essentiel. Il met en scène des mondes secondaires dont les lois physiques sont différentes de celles de notre monde et dont les intrigues se déroulent dans des temps historiques anciens (Moyen Âge, Antiquité, principalement).


Marie-José Sirach : Dites-nous tout sur la littérature fantasy…

Jacques Baudou :

 
M-J S : Quels sont ses thèmes de prédilection ?

J B : La lutte du Bien contre le Mal, l’utilisation – bonne ou mauvaise – de la magie, la quête, la pérégrination, les peuples de la Faërie.

M-J S : Qui sont donc "ces peuples de la Faërie" ?

J B : Ce sont les peuples des traditions populaires, celtiques et autres  : fées, lutins, elfes, etc. Nos ancêtres croyaient en leur existence. Ils ont disparu, mais la fantasy démontre que, sans doute, ils
nous manquent.

 

M-J S : La fantasy, une littérature de l’imaginaire, dites-vous ? Une littérature refuge, peut-être ?

J B : Il est bien clair que le succès de la fantasy est dû en grande partie à un besoin d’émerveillement que ne satisfait plus la science-fiction. Réenchanter un monde qui a grand besoin de l’être. Cela peut-être régressif, bien sûr. Mais déjà Tolkien disait à ceux qui pouvaient lui reprocher de faire une littérature d’évasion qu’il "ne fallait pas confondre l’évasion du prisonnier et la fuite du déserteur". Une branche de la fantasy, la fantasy urbaine, est un excellent moyen de critique sociale ou sociétale.
 

M-J S : S’adresse-t-elle à un public particulier, ou tout le monde peut-il succomber à ce genre littéraire ?

J B : Le lectorat de la fantasy est surtout un public jeune. Mais c’est un genre qui s’adresse à tout le monde avec un mélange de roman d’aventures et de merveilleux. Certains de ses auteurs ne se contentent pas de reconduire des formules éprouvées, mais font preuve d’une belle invention et d’un don d’enchantement.
 

M-J S : Quels sont les auteurs cultes ?

J B : Tolkien, Mervyn Peake, Michael Ende, Robert E. Howard, Michael Moorcock, Robin Hobb, David Eddings, Fritz Leiber, Robert Holdstock et, pour la France, Fabrice Colin, David Calvo, Pierre Pevel et à sa marge, excentrique, Xavier Mauméjean.


M-J S : Qui sont les auteurs qui renouvellent le genre et
en quoi le renouvellent-ils ?

J B : Ce sont les auteurs qui sortent des sentiers battus – notamment du schéma tolkiennien, trop rebattu par ses successeurs. On peut citer, par exemple, Robert Holdstock avec son cycle de la Forêt des Mythagos, ou John Crowley, avec le Parlement des fées. Il y a aussi ceux qui, dans la fantasy épique, renouvellent les approches avec talent comme Robin Hobb.

 

Entretien réalisé par Marie-José Sirach  pour www.humanite.fr

Par Marie - José Sirach - Publié dans : Interview - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 16:49


Le Collectionneur est votre cinquième roman, qui vous a poussée à en faire une adaptation théâtrale ?

C’est Jean Louis Livi. Il a voulu en faire un film avec Edouard Molinaro, on a commencé à travailler avec lui, puis il m’a dit " Le Collectionneur est un huis-clos, une pièce de théâtre, et si c’était toi qui l’écrivais ? ". Sans lui, je n’en aurais pas eu l’idée.

 
Comment êtes vous passée de l’écriture romanesque à l’écriture théâtrale ?

J’ai écrit plusieurs versions du Collectionneur. La première était très proche du roman, je ne parvenais pas à me détacher du livre. Puis j’ai réalisé qu’il y avait une grande différence entre le mot écrit destiné à le rester et le mot écrit destiné à être dit. Et qu’il fallait adapter mon histoire, peut être même me trahir un peu. Alors j’ai laissé passer du temps, le temps de m’éloigner d’Arpad et d’Olivia tels que je les avais imaginés et de leur donner vie différemment, pour la scène cette fois. Il fallait aussi accepter que je ne sois plus seule avec mes personnages, seule à décider comme dans le roman ; qu’après l’écriture, je devrais partager leurs destinées avec les acteurs, le metteur en scène, que l’aventure n’était plus solitaire.

A vrai dire j’étais très heureuse de retrouver mes personnages, de refaire un bout de chemin avec eux ; j’ai écrit "Le Collectionneur" en 1992, les personnages ne m’ont jamais quittée. Quand Daniel Benoin s’est intéressé à la pièce, ce qui était pour moi une grande chance étant donné les spectacles que j’avais vus de lui, j’ai décidé d’y associer mon mari. Il est le meilleur lecteur que je connaisse. J’ai pensé qu’il serait intéressant de travailler ensemble.


Comment avez-vous exprimé pour la scène les motivations de vos personnages ?

 J’ai été à fond, sans barrière … j’ai sombré avec eux … c’est l’avantage du roman et du théâtre par rapport à la vie où les débordements sont dangereux … le théâtre est un espace de liberté, dans la vie on ne l’est jamais vraiment, en cela il est nécessaire et plus intéressant.


Le personnage d’Arpad de la Castille s’enferre dans sa passion aveugle qui détruit tout autour de lui, comment expliquez vous cette folie qui naît du rapport de l’homme aux objets ?

A cette folie correspondent sûrement des explications très complexes. Le besoin de protection, on peut aimer un objet, un objet ne meurt pas, mon héros n’imaginait pas que sa monnaie à l’effigie de Cléopâtre pouvait disparaître … Puis la passion m’intéresse, surtout quand c’est un homme digne de respect qui est pris dans ce tourbillon et qu’elle s’approche de la folie …Je voulais écrire un livre sur les faiblesses des « grands hommes » sur leurs fragilités. Je suis partie d’un fait divers qui s’est passé au début du siècle, j’ai décidé de le romancer ; comme je ne connaissais rien à la numismatique, j’ai acheté des livres, je suis allée étudier à la Bibliothèque Nationale. J’ai interviewé des numismates, des experts, j’ai d’ailleurs fait relire mon livre par le conservateur en chef du cabinet des médailles, Michel Amaudry, qui m’a conduite sur les traces de Cléopâtre et Madame Sylvie de Turckheim-Pey, conservateur au cabinet des médailles. Voilà cela me plaît : qu’il y ait un bout de vrai dans mon roman et donc dans la pièce, cela me plaît de dire : "Attention, c’est possible, c’est déjà arrivé…".

 

Dans la vie, vous êtes une collectionneuse, est ce que collectionner a provoqué en vous de tels excès ?

J’ai été victime d’un vol, le vol d’un objet extraordinaire. Longtemps, l’objet a manqué à mon regard, a manqué à mes mains. C’est bizarre ce manque … Je me disais "On n’a pas le droit d’être malheureux pour un objet". J’ai résisté … Mais je savais qu’un jour j’écrirai l’histoire de quelqu’un qui ne se maîtrise pas, qui souffre, qui transpose, qui confond, qui accuse, qui se comporte « mal » et qui ne peut pas faire autrement … Peut être parce que j’aurais pu moi aussi m’emporter … Les livres servent à vivre ce que l’on ose vivre. Mais ma vie n’aurait pas de sens sans l’écriture, elle serait incomplète. Arpad, mon héros, est par ailleurs un type bien, un savant, un homme modeste, humain et pourtant, il va faillir… En cela l’histoire, où le hasard va jouer un rôle, me passionnait.

 

 

Le Collectionneur mis en scène par Daniel Benoin sera à l’affiche du Théâtre National de Nice du 20 au 31 Janvier 2010. Pour tous renseignements : www.tnn.fr

 

A noter qu’une rencontre/séance de dédicace aura lieu le samedi 23 Janvier à 16 heures en présence de Christine Orban à la librairie Jean Jaurès, 2 rue Centrale à Nice et qu’à l’issue de la représentation du 28 janvier est prévue une rencontre avec l’équipe artistique. 

Par Théâtre National de Nice - Publié dans : Interview - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 06:48


Vous avez reçu plusieurs offres d’adaptation de votre roman au cinéma qui ne vous avaient pas convaincue. Pourquoi avoir répondu à celle d’Eléonore Faucher ?

J’étais un peu perplexe quant aux premières propositions. Je trouvais étrange que des hommes presque vieux aient envie de se mettre dans la peau de petites filles, parce qu’il s’agit quand même dans Gamines de trois petites filles qui divinisent la figure de l’homme, avec d’un côté le père absent et de l’autre le parrain. Ça aurait peut-être été bien mais en rencontrant Eléonore je ne me suis même pas posé la question, ça a été immédiat, on s’est tout de suite senties proches. J’avais déjà adoré son film Brodeuses, et puis on est de la même génération, on parlait de la même chose finalement. Et en plus elle parvenait à universaliser Gamines, j’avais l’impression qu’elle parlait de son histoire. J’étais sûre qu’elle ferait quelque chose de bien, tout m’a paru simple et évident.

L’idée de réaliser cette adaptation vous avait-elle traversé l’esprit avant ?
Des producteurs m’ont appelée dans un premier temps pour me demander de réaliser l’adaptation de Gamines. Et ils ne comprenaient pas pourquoi je refusais de le faire. Je leur ai expliqué que mon livre n’était pas autobiographique, seules les relations entre les personnages sont vraies. Et je ne voulais pas tomber dans le travers d’une adaptation pour laquelle je m’investirais dans les moindres détails et finirais par raconter ma vie, ce que je trouve totalement inintéressant. Donc je savais que ce n’était pas pour moi. Et quoiqu’il arrive un livre reste un produit fini, mon livre me plaît parce que je l’ai écrit comme que je voulais, je n’avais pas envie de revenir dessus. Ca m’a paru naturel de le livrer à quelqu’un d’autre pour l’adaptation et de laisser carte blanche à Eléonore.


Que ressent-on en découvrant l’adaptation de son propre roman à l’écran ?

Lors du premier visionnage, j’avais peur que le passage du roman à l’écran ne se soit pas bien fait. J’avais peur de ne pas voir un film mais des pages. Pourtant je connaissais déjà un minimum ce film puisque je jouais dedans et qu’Eléonore m’avait dirigée. Et c’est en le voyant une deuxième fois que j’ai compris que ça fonctionnait, parce que les gens riaient beaucoup et on entendait des reniflements, j’ai été touchée.

Que pensez-vous du film, Eléonore a-t-elle fait les bons choix selon vous ?
Totalement ! J’ai adoré le film et j’ai trouvé que c’était mieux que mon livre. Parce qu’Eléonore a eu cette capacité d’aller beaucoup plus droit en maintenant le fil conducteur. Elle a réussi à raconter l’histoire en 1h30 de film en enlevant 100 pages du livre ! Et le casting est réussi, Amira Casar (dans le rôle d’Anna) est sublime, Jean Pierre Martin (dans le rôle de Salvatore) est vraiment hors du commun et les trois fillettes impressionnantes.


Vous êtes avant tout l’auteur d’un roman dont vous avez été maître, quel effet ça fait d’être ensuite dirigée derrière la caméra ?

J’ai d’abord refusé. Je voulais qu’Eléonore s’approprie le livre du début à la fin parce que je me doutais que le livre allait de toute façon me revenir dessus comme un boomerang. Je n’ai aucun rôle dans ce livre, je ne suis que « photographe ». Pourtant la force de persuasion d’Eléonore m’a amenée à essayer et je crois que je n’ai pas eu tort. Même si de toute façon la vérité de ce que l’on est et celle de ce que l’on interprète se croisent, se frôlent forcément à un moment donné, c’est ça l’essence du métier d’acteur, il y a toujours une part de nous-mêmes dans un rôle. Et il y a eu des croisements dans ce film. Jouer le personnage de Sybille dans Gamines c’était être au cœur du métier d’actrice, être tantôt dans le vrai, tantôt dans le faux. Finalement je me suis faite dirigée dans un film qui est tiré de mon roman qui est lui-même tiré de ma vie mais surtout de ce je suis intérieurement aux yeux de la réalisatrice.


Amira Casar et vous incarnez deux personnages différents dans Gamines. Qu’en est-il dans la « vraie vie » ?
J’aime beaucoup Amira, c’est en plus une actrice superbe. On s’est rencontrées au conservatoire et je me suis rendu compte à l’époque qu’elle était aussi mannequin. Ca m’a beaucoup intriguée et j’ai découvert qu’elle avait un syndrome que j’avais aussi, une image qu’on nous collait à ce moment-là. Celle d’une jeune fille qui manquait de grâce pour moi et une plastique trop parfaite pour Amira. Ensuite j’ai découvert ses qualités d’actrice en voyant ses films. Et même si nos deux mondes sont différents, ils se rejoignent. Il y a des gens comme ça avec qui on s’entend bien même si nos opinions diffèrent. C’est comme ça que ça se passe avec Amira, c’est agréable avec elle de pouvoir faire notre métier avec sérieux sans se prendre au sérieux.

www.femina.fr 

Par www.femina.fr - Publié dans : Interview - Communauté : Loisirs & Passions
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